Sambou est décédé

par maboisvert

Sambou est décédé. La première chose que j’ai dû faire à mon retour, c’est me rendre à ses funérailles.

Sambou, c’est un de nos gardiens, le seul qui soit avec nous depuis le début. Vendredi dernier, il a perdu connaissance dans notre cour, vomissant du sang. C’est notre jardinier qui l’a emmené à l’hôpital. Nous étions absents.

On ne sait trop de quoi il est mort. Je sais qu’il avait une hépatite. Un jour, il est venu me voir pour savoir s’il y avait un vaccin. Méfiant, je présumais qu’il voulait que je lui donne des sous. Non, il voulait juste savoir s’il y avait un vaccin, car son médecin ne voulait pas lui donner. C’est là qu’il m’a dit qu’il l’avait déjà. J’ai pris le temps de lui expliquer qu’un vaccin, dans son cas, était trop tard. 

Du coup, peu de temps avant sa mort, il a pris congé. Un de ses collègues m’a dit que c’est pour aller voir un marabout qui le guérirait. Il avait perdu foi dans la médecine normale. Beaucoup de Maliens vont directement chez le marabout. Pas la peine de voir le médecin des toubabous.

Nous avons rendu un dernier hommage à Sambou. J’ai embarqué le jardinier, la femme de ménage et ensembles nous avons pris la voiture pour porter un dernier hommage à Sambou. Arrivés, les femmes étaient dans la maison. Les hommes attendaient à l’extérieur, sous une grande canopée bloquant une rue sablonneuse. Les hommes important étaient assis sur un tapis, en silence, entourés d’hommes moins importants, assis sur des chaises. Dans la rue, des jeunes hommes enlignés envahissaient les coins d’ombre alors que le soleil tape et que le mercure dépasse largement les 40 degrés.

On m’offre une chaise dans le cercle. J’hésite, mais je fais comme on me dit. Et on attend en silence. Après 30 minutes, je décide de partir. Je laisse quelques sous au chef pour les funérailles, mais je me dis qu’il vaut mieux revenir pour donner de l’argent directement à la veuve et à l’orphelin de Sambou, car la famille « mangera » mon argent.

Mes deux acolytes et moi quittons. À ce moment, le corbillard arrive pour emmener le corps au cimetière dans un cortège. Nous partons. Désolé Sambou. Je n’ai pas le courage de regarder ta mort dans les yeux, ni de marcher jusqu’au cimetière avec les tiens. Ce deuil est celui des tiens.

Moi, je me contenterai de te regretter en voyant le nouveau gardien aux deux pieds dans les mêmes bottines. Mais surtout, je continuerai de rager que, ici au Mali, on meure encore de maladies qui peuvent être facilement prévenues. C’est bête. Mais on peste un peu moins quand on se rend dans une urgence bondée à Drummondville.

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