La criminalité en hausse à Bamako

par maboisvert

De réputations, Bamako est une ville calme, sans violences. Probablement, la plus tranquille capitale d’Afrique de l’Ouest. Mais, avec la double crise, les choses changent. Très rapidement. 

Binetou, ma femme de ménage, en était sous le choc. Rien qu’à voir comment elle frottait ce matin, je me doutais qu’il y avait un problème. Hier, un voleur a pointé une arme sur elle pour lui prendre les revenus de petits beignets qu’elle vend dans la rue à côté d’une banque: 5000 francs (10 $). Le voleur avait juste avant braqué la banque de Kalaban Koura, un quartier périphérique de Bamako peuplé d’une classe moyenne très malienne.

Le voleur a passé un mauvais quart d’heure. Les citoyens l’ont brulé vif, lui jetant de l’essence. Il en est décédé. Le fruit de son vol a « disparu » dans la foule. Ou en fumée.

Les «foules justicières » ne sont pas l’apanage du Mali; elles sévissent partout en Afrique de l’Ouest. Autant au Ghana qu’au Sénégal, il m’est arrivé de voir une foule s’en prendre à un présumé criminel. La célèbre arrestation de Laurent Gbagbo et de sa femme en sont un exemple médiatisé. Mais dans des pays où il faut payer pour que le policiers se déplacent pour prendre une déposition et que justice est faite selon la capacité du défenseur ou des plaignants à payer, on comprend que beaucoup préfère une façon plus « efficace ».

Mais, sous l’anecdote, c’est le nouveau Bamako qui nous apparait. Avoir un portrait de la criminalité à Bamako est impossible. Non seulement les policiers ne répertorient pas les crimes, mais il y a  une absence totale de statistiques. On ne peut que se fier à son « pressentiment ». 

Pourtant, il y a une augmentation notable des histoires. À côté de chez moi, une banque s’est fait braquée ce week-end sans que les voleurs ne soient inquiétés et ce alors que j’habite au Quartier du Fleuve, un quartier quadrillé par militaires et policiers (qui multiplient les contrôles pour évidemment renflouer leur portefeuille).

Un ouvrier que je connais bien s’est fait voler sa petite moto Jakarta hier, comme beaucoup de gens. Le vol de ces motocyclettes, très populaires à Bamako, est devenu endémique. Tous connaissent quelqu’un qui se l’est fait arracher dernièrement. 

Les criminologues feront sans aucun doute un lien entre la flambée des prix des denrées alimentaires et le chômage qu’entraine le départ hâtif des organisations internationaux ou le gel de l’aide au développement, la principale source de revenus du gouvernement malien. Oui, la vie est dure pour les Maliens. Oui, ils sont pris dans un étau qui ne fera que s’aggraver.

On peut expliquer les causes, mais peu les véritables conséquences.

Binetou a lâché une phrase lourde de sens ce matin. « Bamako, ça devient comme Abidjan. Je ne reconnais plus mon pays. » 

Le Mali a changé.

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