Quelle mission militaire pour sauver le nord du Mali?

par maboisvert

À Abidjan, la « communauté internationale » s’est réunie pour étudier une solution militaire au Mali. Depuis le début de la double crise qui frappe le pays, on ne cesse de parler de cette solution militaire. Mais quelle solution militaire? Petite analyse des possibilités.

Le Premier ministre Cheick Modibo Diarra a voulu se donner des airs de guerriers le week-end dernier. Devant les caméras, il a procédé à une revue des troupes à Ségou habillé d’un simili-treillis militaire. Pourtant, le Premier ministre n’a aucune fonction militaire. Cet appel est plus une campagne de publicité pour son gouvernement qu’une déclaration de guerre. Encore plus subtil, il a aussi annoncé qu’une prime de combat sera versée aux militaires au front pour rappeler à ses troupe que sa « motivation » sera récompensée.

De son côté, le Capitaine Sanogo a profité de son retrait de la vie politique pour donner quelques entrevues, dont à Jeune Afrique. Pour lui, les soldats maliens ont la capacité et la volonté de défendre leur territoire, à condition qu’on leur donne des armes et du fric. Sous-entendu, l’armée malienne ne bougera pas si on ne lui donne pas des « moyens » qui ne viennent visiblement pas.

Le front anti-putsch, lui, a demandé hier à la CEDEAO et à l’UA de sécuriser le processus de transition. L’objectif est bien évidemment de se protéger alors que l’agression du Président Dioncounda Traoré prouve que même à Bamako personne n’est en sécurité. Subtilement, ils avouent ne plus avoir confiance dans l’armée malienne pour les protéger. On ne sait trop si, comme le Capitaine Sanogo, ils croient encore aux chances de l’armée malienne de récupérer le nord.

Les institutions internationales réunies à Abidjan doivent donc faire face à, d’un côté, un gouvernement (et une junte) qui veut régler le problème elle-même, et des politiciens qui veulent régler un tout autre problème que celui qui l’inquiète: le nord.

A qui l’honneur?

À Abidjan, il  y a deux possibilités sur la table : une mission de l’UA mandatée par l’ONU ou une mission de la CEDEAO mandatée par l’ONU et l’UA.

La CEDEAO a été la première à proposer d’intervenir. Si la France a proposé une « aide logistique », le Mali a toujours refusé officiellement une intervention de l’organisation.

Mais on se demande quelle est la capacité d’intervenir d’ECOMOG, l’abréviation derrière laquelle les missions de la CEDEAO se cachent. ECOMOG est intervenue dans différentes crises dans les années 90 et début années 2000, principalement en Sierra Leone, au Libéria et en Guinée-Bissau. Ces missions, au mandat parfois peu clair, ont réussis bien souvent grâce à un élément bien précis : le leadership d’un pays (y lire le Nigéria dans la plupart des cas).

Dans la présente situation, on réalise surtout l’absence de leadership. Si les chefs d’État ont réussi à s’entendre rapidement sur des mesures diplomatiques, il sera beaucoup plus difficile d’avoir un « consensus » pour dépêcher une mission militaire parce qui s’est passé depuis le début de la crise malienne. Et en l’absence d’un pays porteur, ECOMOG pourrait bien rester dans ses casernes.

Le Président béninois Thomas Boni Yayi, par sa fonction de président de l’UA, a proposé une mission de l’UA avec un mandat de l’Onu. La référence est bien évidemment AMISOM en Somalie. Mais aussi, avec moins de succès, la mission UNMIS au Soudan, avec un succès beaucoup plus mitigé.

On brandie l’expérience d’AMISOM comme un miracle à adopter pour le Mali. Pourtant, il y a d’énormes différences entre ce qu’a fait AMISOM et ce que fera une mission au Mali. AMISOM n’avait pas comme projet de reconquérir un territoire presque aussi grand que la France. AMISOM visait surtout à « stabiliser » et à protéger les institutions somaliennes, pas de reconquérir la Somalie. Ce fût une mission avec tout de même un lot de difficulté.

Et, de plus, le succès d’AMISOM reposait, encore, sur le leadership de deux pays à envoyer des militaires. Ainsi qu’une communauté internationale mobilisée pour le succès d’une opération « made in Africa (sic) ». Probablement aussi par découragement d’une crise qui n’en finissait pas.

N’empêche, il est fort probable que l’UA recourt à la force en attente de la CEDEAO qui a, en théorie, la possibilité de se déployer sur demande en 30 jours. Ca reste à prouver.

Il reste aussi la question de la légitimité. Une force de l’UA risque d’être mieux accueillie alors que ressentiment envers la CEDEAO a grandi au sein de la population locale. Déjà, autant dans le nord que le sud, une rhétorique anti-CEDEAO est véhiculée par les Maliens. Il serait cependant surprenant qu’un simple changement de couleur de chapeau y change quelque chose.

De toute façon, une mission de l’UA et/ou de la CEDEAO risque de prendre encore plusieurs semaines, si ce n’est des mois avant de pouvoir être lancée. Le Mali peut-il attendre aussi longtemps?

Mandat difficile

Au-delà de qui mènera cette mission, il reste à s’entendre sur quel type de mission pourrait ramener la paix au nord du Mali. Et ça, ce sera compliqué.

La mission pourrait tout simplement imposer un couloir humanitaire et s’assurer que l’aide se rende là où elle doit. La région, qui souffre d’une crise alimentaire sévère, en aurait bien besoin. C’est le scénario minimal qui risque d’être étudié. Mais ce sera difficile de maintenir un couloir humanitaire alors que les rebelles sont hostiles à une intervention étrangère. Dans ce cas, on ne peut pas demander moins qu’un mandat sous le chapitre 7 de la Charte de l’Onu qui permet la force pour défendre l’opération. Il faudra donc un mandat fort avec les règles d’engagement nécessaires à un environnement hostile.

Ce mandat musclé sera difficile à adopter. Il se heurtera à la volonté des organisations, mais surtout de celle de ses états membres, à envoyer des soldats se battre et possiblement mourir. Il faudra combattre des islamistes qui accusent déjà une éventuelle mission africaine de défendre les infidèles. On imagine déjà Boko Haram et ses semblables courir à la rescousse.

La mission africaine devra aussi bouter des islamistes hors d’un terrain que ces derniers connaissent bien.La mission se heurtera à un belligérant qui ne veut pas de la paix, qui est près à se combattre et qui a un avantage stratégique évident dans le fait qu’il connait beaucoup mieux un terrain qui est réputé difficile (ce n’est pas pour rien que Kaddhafi a requéri l’aide des Touaregs pour « pacifier » le Sahel).

Ce n’est plus une mission de « peacekeeping » ni de  « peacemaking ». C’est une guerre qui devra avoir les moyens de ses ambitions: reconquérir un pays détenu par une population locale qui ne veut pas le laisser partir. Une opération militaire d’envergure avec un désir sérieux de lutter contre les rebelles nécessitera un commandement unifié et de l’équipement similaire à l’escapade afghane de l’OTAN ou les différentes opérations d’EUFOR en Afrique. Ni l’UA ni la CEDEAO ne sont prêts.

L’endiguement comme seule solution

Déjà, une contre-stratégie semble se dessiner à l’extérieur du continent africain. C’est comme si on avait préparer le Plan B avant de préparer un Plan A.

Les bailleurs occidentaux ne semblent plus avoir confiance en l’armée malienne et restent hésitant à s’embarquer dans une opération qui s’annonce déjà complexe. Trois bailleurs sécuritaires se sont complètement retirés de la coopération : la France, le Canada et les États-Unis. Un twit vaut 1000 mots:

L’Union européenne, et ses états membres ont choisi « l’endiguement ».

Officiellement, toute coopération sécuritaire a cessé avec le Mali. Les coopérants sécuritaires, surtout français, sont au chômage technique. En attendant une solution, les coopérations militaires se déplacent vers les pays voisins. Le président de la Commission européenne, Jose Manuel Barroso a annoncé une mission de la PSDC au Niger.

D’autres bailleurs bilatéraux ont entrepris ce genre d’initiatives au Niger, Burkina Faso et en Mauritanie. Pour le moment, la stratégie est de colmater le pays. Pas d’intervenir.

Ces pays supporteront surement une mission de l’UA et de la CEDEAO comme ils le peuvent.

Mais, même si un momentum se créé à Abidjan en faveur d’une intervention cette semaine, à l’extérieur du continent, on se prépare déjà au pire.

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