Une guerre sans images

par maboisvert

C’était prévisible. Le premier coup de feu tiré au Mali a été celui d’un marathon pour les journalistes. Depuis plus de deux semaines, nous courons, parfois comme des poulets pas de tête. Mais nous courons.

Les billets se multiplient pour dénoncer le contrôle de l’information et de l’image. À plusieurs endroits au Mali, on nous bloque l’accès. Pour tout journaliste familier avec le Mali, c’est une pratique surprenante alors qu’on peut normalement circuler librement dans le pays et que les Malien(ne)s parlent généralement franchement.

Du coup, on se retrouve avec une guerre sans images de conflit. Ça fait plus d’un an que nous abreuvons nos médias de portraits de réfugiés et de crise humanitaire. Soudainement, nous voulons plus.

Les médias ont donc sauté sur l’occasion pour être « embeddés » avec l’armée. Du coup, un convoi complet de journalistes a quitté Markala pour se rendre jusqu’à la « libération de Tombouctou », multipliant les clichés de valeureux soldats libérant le peuple opprimé par les Islamistes, mais en liesse devant leurs sauveurs .

Les Maliens attendent cette intervention depuis presque un an. Leur véritable soulagement se ressent. Il y a un réel enthousiaste à une intervention ici.

Mais alors que toutes les caméras se battent pour avoir les premières images de Tombouctou et Gao libérées (tous rêvent de reproduire la séquence du déboulement de la statue de Saddam Hussein), des histoires trainent sur la route du convoi français.

Récemment, une équipe de confrères suivait le convoi français. Manque de pot, ils ont dû faire demi-tour pour cause de pneus crevés. Évidemment, le lendemain, ils ont tenté de rattraper le convoi. D’abord, les militaires les ont bloqués. « Ah pourquoi? La route n’est pas sécurisée? » On bafouille un charabia en guise de réponse. Après maintes négociations ils essaient. Tout le long de la route, des gens qui fixent le sol. Pas d’enfants qui hurlent leur joie. Pas de « Vive la France! ». Rien. Jusqu’à ce qu’ils arrivent dans un village hostile. On leur dit qu’ils « doivent » voir le chef du village. En faisant sa mise au point, un journaliste croit apercevoir des hommes qui approchent avec des kalachnikovs dans leur dos. Le groupe n’hésite pas : ils retournent à l’arrière.

Dans les derniers jours, je suis resté à Diabaly, une des premières villes « libérées ». Rapidement, durant nos déplacements, nous avons entendu les histoires d’exactions de l’armée malienne. Les habitants semblent bien évidemment satisfaits de cette intervention mais craignent toujours les « terroristes ». Plusieurs disent qu’ils sont justes cachés dans la brousse, qu’ils se sont retirés.

Bref, on annonce la libération de Tombouctou, de Gao et pourquoi pas de Kidal demain. Mais la véritable guerre, celle contre les Islamistes est loin d’être gagnée.

Les journalistes se plaignent de ne pas avoir d’image de guerre à diffuser. Il est vrai qu’il y a un véritable contrôle de l’image, on ne peut nier. Mais la véritable raison, c’est que la guerre n’est pas commencée.

À ce moment-là, les caméras folles de scènes de combats et d’adrénaline n’y seront plus.

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