Assemblée Nationale, Jour 1

par maboisvert

Tout jour de début des travaux d’une nouvelle législature est un peu pareil. À Québec, Paris ou Bamako, il y a des éléments communs. Il y a toujours le député trop engagé qui ne maitrise pas les règles de protocole et qui coupe le Président, empressé de faire un commentaire – souvent déplacé. Il y a aussi la députée perdue qui arrive en retard et qui cherche sa place alors que la séance a commencé. Puis les enracinés qui regardent tous ces petits nouveaux avec un regard condescendant.

Aujourd’hui, c’était la rentrée parlementaire à Bamako. Et il y avait de tout ça. Il y a bien sûr des éléments uniques : un hall qui sent l’urine, des bébés qui pleurent en pleine séance, des militaires complètement inutiles et qui ne contrôle pas les entrées d’un bâtiment où l’on rentre comme dans un moulin.

Mais, surtout, cette rentrée, c’est avant tout le retour de l’État avec le rétablissement du pouvoir législatif, paralysé depuis mars 2012 et dont le rôle n’aura été que d’entériner les décisions prises ailleurs.  Malgré les limites des élections législatives de décembre dernier, particulièrement dans les régions frappées par la crise où des votes ont été annulées et où plusieurs n’ont pu exercer leur droit, elle confirme que l’État revient. Et comme l’a dit Soumeila Cissé, perdant du deuxième tour des élections présidentielles et désormais chef de l’opposition, le parlement ne sera pas là pour uniquement approuver les décisions de l’exécutif.

La première tâche de cette assemblée a été de nommer un président. Le vote a été tranchant. Issaka Sidibé, candidat du parti du président IBK, a remporté le vote avec 115 votes. Son seul adversaire, le Docteur Oumar Mariko, chef du SADI, un parti qui a soutenu l’ex-capitaine et désormais Général Amadou Haya Sanogo durant le coup d’État, n’a remporté que 11 votes – alors que son parti compte 4 membres. À ceci s’ajoute 20 votes blancs et un vote nul (quelqu’un a écrit le nom du président de la séance d’élection, l’aîné de l’hémicycle, ce qui semble être une blague que l’assistance a bien ri).

Siaka Sidibé n’est pas un inconnu. À 68 ans, il est diplômé de l’ENA malienne et a œuvré dans l’administration douanière. Il a été député de 2002 à 2007. Mais il est avant tout le beau-père de Karim Keita, lui-même fils d’IBK et surnommé BBK, qui lui aussi a été élu député dans le parti de papa. À 34 ans, ils sont plusieurs à demander ce que son cv contient.

Bref, la politique malienne est désormais une histoire de famille, quoique élargie. Le Mali n’en est pas à sa première histoire. Cheick Modibo Diarra, premier ministre de la transition atterri de l’espace, était le gendre de l’ancien président et dictateur Moussa Traoré.  Ce n’est rien de bien choquant au Mali.

Seul cahot dans un vote dont l’issue était connue d’avance : un leader de l’ADEMA qui annonce au micro que la consigne de vote pour son parti est en faveur de M. Sidibé. Il se fera aussitôt rabrouer par un membre de son parti. C’est un petit moment inconfortable sur un parti qui risque de se chercher. L ’ADEMA-PASJ, s’il n’a pas toujours eu la majorité absolue, a toujours été le parti qui a obtenu le plus de sièges depuis 1992. Il est désormais relayé au 2e rang des partis, mais tout de même dans une coaltion avec le parti d’IBK. Il faut dire que ses derniers candidats aux présidentielles, Dioncounda Traoré et Dramane Dembelé, n’ont pas su endiabler les foules par leur charisme. N’empêche, il reste le seul parti de l’hémicycle capable de survivre au-delà d’un chef particulier.

Le Rassemblement pour le Mali d’IBK, qui existe pourtant depuis deux décennies, lui, fait face à son premier véritable test. Pour la première fois, il devra devenir un réel parti. Et non juste la plateforme derrière un leader charismatique.  Et ça, ça reste à voir si le RPM en est capable, au-delà des liens familiaux.

 

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