Marc-André Boisvert

Journalisme créatif enraciné en Afrique de l'Ouest. West African-based independant journalist.

Commentaires de la rue sur la tentative de « contre-coup d’État » à Bamako, Mali

Une petite vidéo que j’ai fait le 1er mai au lendemain d’un échange de tirs entre les putschistes et des éléments pro-ATT. La rue parle.

Bamako, la nuit.

Je me suis payé une petite balade à travers la ville avec mon chauffeur de taxi, Maiga. Maiga, c’est un vieux routier. Le genre de chauffeur de taxi qui arrive en avance et qui a sa ville dans la peau. Le type de Bamakois qui connaît sa ville et qui sait comment les choses fonctionnent.

À 23h, les rues du centre-ville sont vides. Les barricades devant l’Ambassade de France et l’ORTM sont abandonnées. Au Rond-point de l’Indépendance sur les rues avenantes, plus personne. C’est à se demander d’où proviennent les coups de feu sporadiques qui hantent la nuit.

Un seul check-point, niveau Avenue de la Nation, avant la Cité administrative. Maiga est poli, mais ne se laisse pas intimider. Le militaire fouille la voiture, sans hâte, sans énervement, puis nous laisse passer.

Maiga reste calme. Il a une famille à nourrir. Des enfants. Des petits-enfants. Il sait que la situation est grave. Mais il ne se laisse pas faire. Il connaît sa marge de manœuvre. Mais il le dira lui-même : il ne comprend plus rien. Il ne me parle pas de l’avant-ATT, cette époque où les rues du centre-ville n’étaient pas pavées et où le pays était dirigé d’une main de fer. Ce qu’il me dit, c’est que malgré les travers du régime ATT, le Bamako qui dort devant nous a grandi.

Hélas, maintenant, il déplore que les restaurants ferment les uns après les autres. L’Hôtel de l’Amitié, ce symbole que le capital libyen a ravi au groupe Sofitel, a à son tour fermé. Les épiceries des toubabous commencent à manquer de vivres importés. Et les nuits de Bamako sont désormais léthargiques. Que quelques boites de nuits luttent difficilement pour ne pas succomber à la crise. Elles se font discrètes et elles retiennent leur souffle par crainte que des policiers viennent tirer en l’air pour effrayer la clientèle peu loquace.

La crise à Bamako est lente. Elle prend du temps. Mais elle est là. Même les militaires qui font les check point sont endormis. Maiga, lui est réveillé.

 

Les militaires qui tournent en rond…

Ça y est. Le camp des parachutistes, les alliés du président déchu Amadou Toumani Touré, dit ATT, est tombé aux environs de 15h30. Les bérets rouges, comme on les appelle, ont été vaincus par les putschistes aux bérets verts.

Du coup, il n’y a plus de tirs en provenance du camp de Djikoroni-Para. Au centre-ville, la circulation a repris.

Depuis environ 18h hier soir, la ville a été prise d’assaut par des tirs, dont de nombreux à l’artillerie lourde. Je laisse aux agences de presse de faire un récapitulatif des évènements.

Depuis ce matin, je me balade dans les rues de Bamako. Surtout à Bamako Koura, le « centre-ville » complètement paralysé par les militaires qui tirent en l’air dès qu’une voiture approche. Les citadins ne sont pas affolés. Ils profitent du férié du 1er mai pour s’assoir dehors et profiter du spectacle. Les commentaires affluent. Plusieurs supportent toujours la junte, mais commence à s’impatienter devant leur envie de garder le pouvoir plutôt que de combattre au nord. Je vais préparer une vidéo sur ceci. Ils sont lucides. Ils comprennent que ceci est le fruit de vingt ans de problème.

Mais la scène qui me choque, ce sont les militaires nonchalants. Je n’ai pas réussi à prendre une seule image. Les Maliens, dès que je sortais mon appareil, m’empêchait de prendre la photo. « Ils vont te tirer dessus. » Simple protection. Alors quoi faire? Je m’assois avec les Maliens à regarder une militaire bloquer le rondpoint de l’Indépendance. Vite fait, elle me dit de dégager, en bambara. Elle ne comprend pas un mot de ce que je lui dis.

Plus loin, même chose. Un militaire en l’air veut bloquer l’accès à une rue. Il bouge toujours. Du coup, les motos qui arrivent par en arrière tourne dans la rue. À chaque fois, il tire en l’air pour les avertir. Les motocyclistes ne comprennent juste pas ce qu’il veut. D’autant plus, que si le militaire se mettait tout simplement à l’entrée de la rue, il pourrait bloquer la circulation et économiser des balles. Nerveux, le militaire ne comprend juste pas. Il veut me faire dégager en bambara. Les hommes qui m’entourent ne réagissent pas. Pendant ce temps, des motos rentrent dans la rue. Il tire. Il retourne à son blocage et m’oublie.

Et au coin de ma rue, toujours la même histoire. Un militaire m’arrête à 100 m de mon portail. Un militaire me bloque la route. Encore une fois, il ne comprend rien et me traite de français. Le boutiquier du coin, Mamadou, qui me reconnait, lui rétorque que je suis du coin, que je suis canadien, qu’il me laisse tranquille. Le militaire, bouché, me laisse passer. Je rentre chez moi. Je veux ressortir. Je retourne voir Mamadou. Je lui achète un carton de bouteille d’eau. J’en profite pour voir mon ami le militaire. Assis sur le terre-plein de l’avenue de la Nation, il pianote sur son portable. Je pourrais facilement aller me saisir l’arme qu’il laisse trainer à son côté.

Les Bamakois n’ont pas peur. Ils ne sont pas terrés chez eux. Ils sont juste statiques devant ces bérets verts qui tournent en rond, s’activent à des activités qui semblent absurde. Ils ne les aiment pas. Mais, malgré tout, ils continuent de croire qu’ils sont mieux que les politiciens et le régime d’ATT qu’ils jugent corrompus. On se demande ce qui motive : l’espoir du meilleur ou l’envie de tourner la page.

Une longue nuit au Mali… et des longs lendemains.

On s’en doutait. Mais ce n’était qu’un pressentiment. Et maintenant que la CEDEAO a tenté un coup de force, les cartes tombent. Oui, le Capitaine Amadou Sanogo espérait prendre le pouvoir dans les 40 jours.

17 des 40 jours de la transition ont passé déjà. Mis à part la nomination d’un gouvernement et quelques décisions pour placer les pièces sur l’échiquier, il ne s’était pas passé beaucoup.

 Quand la CEDEAO a annoncé unilatéralement vendredi dernier que la transition serait étendue d’un an, personne n’a été véritablement surpris dans les rues de Bamako ou auprès ceux qui suivent de près la situation.

Seule la junte a semblé surprise. Et a fait un soubresaut. Du coup, les médiateurs de la CEDEAO, le burkinabé Djibril Bassolé et l’ivoirien Adama Bictogo, ont encore fait un aller-retour pour venir tenter d’apaiser la situation. À Kati, c’est avec une brique et un fanal qu’on les a entendu. Des putschistes ont sorti leurs armes et le Capitaine Sanogo a clairement voulu montrer qu’il serait le maitre du pays dans 22 jours. « La Cédéao a pris de façon unilatérale des décisions qui ne nous engagent pas », a affirmé le capitaine Sanogo. « Le président intérimaire ne fera que 40 jours. Au-delà, je prendrai mes responsabilités, »a-t-il declare à Jeune Afrique.

Sanogo a réitéré sa position: il ne veut pas d’une mission de la CEDEAO. Il veut un « support logistique ». On peut interpréter cette demande de bien des façons, mais, clairement, Sanogo veut des armes et du matériel pour lutter dans le nord. Et du coup, possiblement augmenter son poids dans l’échiquier politique. Ou tout simplement avoir les moyens de ses ambitions.

 

L’évidence, c’est que les militaires veulent toujours contrôler le pouvoir. Leur support s’effrite cependant auprès de la population qui voyait en lui ceux qui mettraient fin au régime des « mangeurs » de ATT. Mais son cynisme a légèrement augmenté au cours des derniers jours. Une dame, dans la rue, m’a glissé « Maintenant qu’ils ont gouté à l’argent, aux grosses villas et aux 4×4, ils vont devenir les prochains ATT ».

Puis, idée leur est pris de préemptivement s’attaquer aux bérets rouges en tentant d’arrêter un de leurs leaders. Ce n’est pas le premier épisode du genre. Le CNRDRE avait déjà tourné à un de ses seuls supporteurs de la classe politique, Oumar Mariko. Et la nomination d’un gouvernement, plutôt que de tendre la main, a isolé le régime.

L’issue des combats au moment est imprécise. En fait, on ne sait même pas qui combat qui. Pour être franc, on ne sait véritablement rien à cette heure. On prétend que ce serait des « bérets rouges » contre des putschistes. Des combats auraient lieu à Koulouba, à l’aéroport et à l’ORTM. Bamako est tout de même sporadiquement titillée par le bruit des coups de feu et de l’artillerie.

Demain matin, on trouvera les réponses aux question qui, quoi, quand, où. Peut-être le Mali aura un nouveau leader même.

Mais il restera toujours la question à savoir comment gérer la crise du nord et comment assurer la sécurité au sud. L’armée est plus désunie que jamais. Si jamais elle se réunie, on se pose de sérieuses questions sur sa discipline et sur sa capacité à entreprendre une expédition militaire. La junte n’a pas réussi à mettre un pays sous le contrôle de l’armée. Car l’armée a été éliminée. Enfin, c’est plus un euthanasie qu’un meurtre. Sa déconfiture face aux Touaregs le prouve. Oui, les Touaregs étaient mieux armés et avaient une expérience de combat. Mais oui l’armée malienne était en piteux état.

Capitaine Sanogo et ses putschistes n’ont réussi qu’à achever une force de sécurité déjà moribonde. Demain, quand on se réveillera, quelqu’un ne contrôlera pas Bamako. Peu importe qui, on sait très bien que, désormais, avoir un uniforme et un fusil ne veut plus rien dire. Les militaires ont été détruits par leur orgueil mal placé, par leur envie de bomber le torse alors qu’ils étaient pieds nus. Et tandis que nous faisons face à une mauvaise représentation de « The Lords of the Flies », ce sont les Maliens qui écoperont.

La caution divine de Wade

Samedi 17 mars. 20h. Place de l’Obélisque, le point de ralliement du Mouvement du 23 Juin, le M23, l’opposition à Abdoulaye Wade.

Mais cette fois-ci, pas de policiers près à tirer des lacrymos ou à contrôle les foules. Car ce soir, la place accueille Cheikh Bethio Thioune, un marabout descendant du fondateur de la confrérerie des Mourides. Dans ses rêves, le fondateur de la confrérie lui est apparu pour lui-dire qu’il faut voter pour Abdoulaye Wade.

Le marabout est controversé même au sein de la très puissante confrérie mouride dont les grands chefs refusent à donner un nidgueul, une consigne de vote. Thioune, lui, n’a pas hésité.

Pour le reste, notre petite vidéo très maison vous permettra de comprendre le personnage qui, en plus de nous donner une leçon d’histoire, philosophise sur la contradiction, affirme qu’il n’y a pas de villes plus éclairées que Dakar – malgré les délestages – et nous fait quelques pas de danse.

Dans tous les s…

Dans tous les sens du terme, Gorgui, le vieux en wolof, surnom du président Abdoulaye Wade est en campagne … en campagne.

Et comme ce blog est ouvert à tous, dans l’esprit de la Teranga (hospitalité en wolof), c’est Marc-André Boisvert, d’abord ami et aussi journaliste qui a suivi Abdoulaye Wade dans la région de Diourbel, qui amène sa plume en premier. Marc-André, il est un peu comme moi. Il va, il vient et revient au Sénégal… systématiquement.

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En campagne électorale, ce sont souvent les histoires qui traînent au coin d’une rue qui comptent, les histoires en marge.

Notre histoire du jour s’appelle, disons, Ouma. On l’a trouvée sous un arbre, dans le stationnement d’un stade, attendant un grand rassemblement pour Maître Wade.

Ouma habite Diourbel, petit bled perdu en plein milieu du Sénégal. Rien d’extraordinaire. C’est un centre urbain vivant des exploitations agricoles qui l’entourent.

Ouma va à l’école. Elle est en terminale. Mais Ouma n’étudie pas vraiment. Elle ne sait pas trop ce qu’elle fera.

Ouma a travaillé toute la semaine pour la campagne de Wade. Elle porte la casquette de la campagne et une écharpe jaune et bleue autour du coup. Elle porte aussi une amulette à l’effigie de son marabout.

Ouma a été payée 10,000 francs CFA (environ 20 CAN$) pour son boulot. Rien d’anormal. Ils sont plusieurs à toucher quelques CFA pour participer à la campagne. Le stade en est rempli de cet enthousiaste qui se rémunère.

Ça ne l’empêche pas de sourire de sa dent en or.

Surtout qu’Ouma n’est pas discrète.

« Je vais voter pour Macky Sall, » sourire moqueur. Ah oui, Macky Sall, c’est l’ancien Premier ministre de Gorgui, son ancien directeur de campagne lors de la dernière présidentielle de 2007… et qui sillonne aussi le Sénégal depuis deux ans… contre Gorgui.

Voilà. Ouma n’est pas qu’une histoire. C’est la preuve qu’ils ne sont pas aussi dupes qu’on pourrait le croire sur les photos.

Des alliances et des marabouts

Il y aura un 2e tour. Il ne reste qu’à s’entendre sur une date. Du coup, les deux candidats doivent maintenant consolider leur électorat.

Les politiciens…

La première étape, c’est faire des alliances. Sur ce front, Macky Sall a la pôle position. D’abord, il s’est rendu mercredi chez le grand sage, Amadou-Mahtar M’Bow, président des Assises Nationales du Sénégal. Les Assises, ce sont des « états généraux »  entrepris par l’opposition à Wade, incluant des membres de partis politiques, de la société civile et personnalités diverses, en vue des élections.

Par la suite, c’est au tour des candidats défaits d’apporter peu à peu leur soutien à l’ancien Premier Ministre. Puis, le collectif Y’en A Marre s’est ajouté à la liste. Comme grosse pointure de l’opposition, il ne manque que l’appui Idrissa Seck, qui entretient des relations glaciales avec Macky Sall.

Pas de surprises. Le motto « Tout sauf Wade » semble tenir le coup. Pour le moment.

Du côté de chez Wade, l’appel à une alliance lancé lundi dernier se fait plutôt lentement. Même le communiqué de l’équipe FAL2012 ne convainc pas. La stratégie la plus réaliste semble désormais d’aller convaincre les quelque 40% d’électeurs qui ne se sont pas exprimés le 26 février dernier.

… et les marabouts!

N’empêche, la véritable quête pour l’électorat du deuxième tour s’exprime par cette photo publiée sur la page facebook de Macky Sall ce matin:

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On y voit Macky Sall priant devant le Khalife général des mourides Serigne Sidy Mokhtar Mbacke. La photo est lourde de sens au Sénégal. Abdoulaye Wade, comme premier geste en tant que Président, en 2000, avait été s’agenouiller devant ce même khalife. Il a aussi démarré sa campagne électorale cette année auprès de lui.

L’objectif: avoir un ndiguël. Le ndiguël est une consigne de vote donnée par le marabout, le chef d’une confrérie soufiste sénégalaise, à l’intention de ses talibés, ses disciples. Ce genre de consigne peut rapporter beaucoup électoralement.

Certains marabouts ont fait leur choix. Le controversé marabout mouride Cheikh Bethio Tioune a déjà lancé sa consigne de vote en faveur d’Abdoulaye Wade. Il prétend avoir 5 millions de talibés en âge de voter qui appuieront Maître Wade. Le hic, ils sont 5,2 millions de sénégalais inscrits pour l’élection… Et plusieurs Sénégalais, dont des Mourides, le critiquent. Notamment les chefs mourides par une réponse cinglante.

Malgré tout, à Touba, capitale de la confrérie mouride qui est souvent qualifiée  « d’état dans l’État », le grand khalife se refuse à faire un Ndiguël, même si on n’a pas hésité à y avoir recours par le passé, notamment pour soutenir l’ancien président Abdou Diouf contre Abdoulaye Wade.

Les  marabouts des autres confréries restent eux aussi silencieux.

Du côté de la confrérie la plus importante en terme de membres au Sénégal, les  Tidianes, il n’y a pas de consignes de vote officielles. Mais une bombe lacrymogène envoyée par les policiers dans une mosquée tidianes à Dakar en a enragé plus d’un, alimentant une certaine colère contre Abdoulaye Wade au sein de la confrérie. Plusieurs Tidianes, off the record, soulignent que Wade a toujours favorisé les Mourides au détriment des Tidianes.

Même chose auprès de la confrérie layène. Beaucoup en veulent à  Wade d’avoir fragiliser l’équilibre religieux. D’autant plus qu’il a su enrager la minorité chrétienne en énonçant un commentaire maladroit sur Jésus qui n’est pas Dieu, entraînant des manifestations violentes à Dakar en 2011.

C’est donc chez les Mourides que la compétition se joue entre les deux candidats. Dans la presse, on multiplie les rumeurs les plus folles sur la compétition. La dernière: Wade aurait envoyé 2 milliards de francs CFA au khalife par ambulance.

C’est  un bon moment pour Macky Sall de s’agenouiller devant le Khalife des Mourides. En conférence de presse, mercredi, le candidat a énoncé un point ambigu: « Le marabout est un citoyen soumis à la loi. » Le clan Wade a tout de suite sauté sur l’occasion pour récupérer cette déclaration et prétendre que Sall n’est pas un bon talibé.

N’empêche, malgré tout, il ne faut pas voir les électeurs comme aveuglés par leur confrérie.

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Un ndiguël peut sûrement aider, mais ne fait pas un président. Abdou Diouf a été défait malgré une consigne de vote en sa faveur. S’agenouiller ne fait pas un roi.

Des tuiles

Karim Wade, fils du président sénégalais, super-ministre et dauphin présumé, a eu une dure semaine. Trois tuiles lui sont tombées sur la tête.

Première tuile: Karim aurait présumément appelé Tonton Sarkozy à la rescousse. D’abord, une dépêche dans L’Express disant que, tard  dans la nuit suivant les manifestations du 23 juin dernier, Karim aurait lancé un appel à l’aide à l’Élysée de Paris pour préserver les intérêts français menacés et se porter à la rescousse. Puis, démenti officiel de la Présidence sénégalaise et du super-ministre. Ensuite, c’est Robert Bourgi, conseiller spécial du Président Sarkozy, alias Monsieur Afrique, qui confirme qu’il a bien reçu l’appel.

«Je suis sorti de mes gonds parce que Karim a démenti ce qui était fondamentalement vrai… et parce que lui et son père m’ont demandé de démentir, » réplique Bourgi.

Vrai ou faux, il importe peu. Ce qui compte, c’est que Paris a clairement indiqué par son attitude qu’elle ne soutenait pas les Wade. Un revers alors que la présidence faisait circuler la photo de la rapide poignée de main entre Barack Obama et Karim Wade, supposément provoquée par Sarkozy. D’autant plus que l’Élysée a clairement indiqué ne pas cautionner la réforme constitutionnelle avortée du 23 juin dernier.

Deuxième tuile: Karim écrit une lettre au citoyen. Se posant en victime, il dit:

« Jamais dans l’histoire du Sénégal, un homme public n’a reçu, autant de coups, de propos diffamatoires et outrageants. Systématiquement, je suis l’objet de graves accusations, de profondes détestations, d’attaques hallucinantes de la part de ceux qui nous connaissent à peine ou pas du tout.»

Il nie toute stratégie pour s’imposer au pouvoir :

« Cette confusion doit finir! Cette intoxication doit s’arrêter! Cette injustice doit cesser. »

La lettre, tardive, ne semble pas avoir convaincu. Au coin de la rue, les vendeurs de journaux rient aux éclats en lisant la lettre. Ça ne passe pas. On se demande qui a conseillé à Karim de se poser en victime.

Troisième tuile : le clan Kadhafi attaque.  Le guide suprême libyen, mécontent du support du Président Wade aux insurgés, affirme, par la bouche de son propre fils Saif Al-Islam, que l’Émir du Qatar aurait remis 13 milliards de francs CFA pour le fils Wade en échange de la position anti-Kadhafi des Wade. Le clan Wade dément.

Trois grosses tuiles sur la tête de Karim. Mais, sous ces trois anecdotes, le personnage de Karim commence à se créer une image publique, lui qui s’est fait tout de même discret depuis son arrivé dans les sphères politiques. On attend la suite des choses avec impatience.

Plusieurs articles sortis dernièrement

J’ai publié plusieurs articles dernièrement sur les manifestations et les émeutes de l’électricité.

Dans La Presse:
La Révolution des « cacahuètes » : http://www.cyberpresse.ca/international/afrique/201106/29/01-4413453-senegal-la-revolution-des-cacahuetes.php

Portrait d’Abdoulaye Wade: http://www.cyberpresse.ca/international/afrique/201107/01/01-4414424-abdoulaye-wade-president-du-senegal-leternel-combattant.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_lire_aussi_4413453_article_POS1

Et plusieurs articles sur Globalvoices.org:
http://fr.globalvoicesonline.org/author/marc-andre-boisvert/

Un article sur les minorités sexuelles en Afrique

Voici un article récemment publié: Homosexualité africaine

Le titre n’est pas de moi. Et il m’a surpris.

Mon objectif était simple : parler de la vie au-delà de la répression. Car le sujet des minorités sexuelles en Afrique, en soit, n’a rien d’original. On n’arrête pas de condamner les pays africains pour la répression. Le Sénégal et l’Ouganda, particulièrement, ont subi d’énormes pressions des pays occidentaux.

Pourtant, on oublie de parler de la vie au-delà de cette répression. D’où l’objectif de cet article. Malheureusement, l’article a souffert d’origami journalistique : nous avons dû le couper et le recentrer pour qu’il se conforme à l’espace alloué. Il a fallut aussi vulgariser et faire comprendre. Ce qui fait un article simplifié.

N’empêche, une partie qui me tenait à coeur manque. Elle parlait du rôle de ces mêmes occidentaux.

La voici:

« C’est contre la loi de Dieu, les homosexuels. C’est pas Africain.» croit Cheikh, vendeur de crédit téléphonique au coin d’une rue de Dakar. En Afrique, il est devenu pratique courante de présenter l’homosexualité, tant masculine que féminine, comme un comportement importé de l’Occident.

Mac-Darling Cobbinah s’objecte. « Blâmer les Européens est futile. C’est quand même eux qui ont créés les lois coloniales qui criminalisaient l’homosexualité. Elles n’ont simplement jamais été révoquées.» Plusieurs anthropologues soulignent que l’homosexualité existait en Afrique bien avant la colonisation. Au Sénégal, par exemple, les Goordjigeen, ou hommes-femmes, jouaient même un rôle social précis parmi l’ethnie majoritaire wolof.

Et, en parallèle,  étudions un commentaire du  président ougandais Yowere Musevini à la suite de la tourmente vis-à-vis du projet de loi déposé au parlement ougandais et visant à demander la peine de mort pour les homosexuels:

“The prime minister of Canada came to see me, and what was he talking about? Gays. Prime Minister Gordon Brown came to see me, and what was he talking about? Gays. Mrs. Clinton rang me. What was she talking about? Gays.” (source: The New York Times)

Abdou, l’homosexuel de mon article, parlait de double colonisation. D’abord, la colonisation religieuse (arabe/musulmane, chrétienne, …)  qui entraîna des conversions sous la menace dans certains coins de l’Afrique. Puis, la colonisation européenne. Et le résultat, un peuple mêlé qui ne sait plus qui il est. L’homosexualité devient donc une façon populiste de se créer une identité. Les Africains rejetteraient leur courroux sur les homosexuels parce que c’est un Autre facile à mobiliser. Piste de réflexion intéressante.